| Résumé : |
En France, le déclin des prairies naturelles et des pelouses est de plus en plus menacé, sous l'effet de l'intensification agricole et de l'abandon pastoral. Les champignons prairiaux du groupe CHEGD (Clavariaceae, Hygrophoraceae, Entolomataceae, Geoglossaceae s.l, Dermoloma/Camarophyllopsis/Hodophilus) constituent de précieux bioindicateurs de la stabilité physico-chimique et de l'état de conservation des sols oligotrophes. Cette étude a pour objectif d'établir l'état initial (état zéro) des communautés fongiques au sein de trois parcelles de pelouses calcicoles de la Réserve Naturelle Régionale (RNR) du Marais de Bonnefont (Lot). L'échantillonnage s'est appuyé sur des prospections annuelles, réalisées lors du pic de fructification automnal sur une période de trois ans consécutifs (2023, 2024 et 2025). Les taxons non identifiables sur le terrain ont fait l'objet d'analyses microscopiques ex situ (mesures sporales, observation morpho-anatomique des basides, cystides et pileipellis) à l'aide d'ouvrages spécialisés. L'inventaire a permis de générer 154 données d'observation, aboutissant au recensement de 72 espèces. Le cortège CHEGD représente plus de la moitié de cette diversité avec 37 espèces identifiées, soit plus de la moitié de la richesse spécifique totale. L'intérêt patrimonial du regroupement des trois parcelles est évalué au niveau national, un résultat renforcé par la présence de six taxons classés « Quasi menacés » (NT). Cette étude démontre que cette diversité en CHEGD sur les trois coteaux est corrélée à l'ancienneté des milieux, attestée par la présence de genévriers âgés de plus de 75 ans, ainsi qu'au maintien d'une gestion agropastorale extensive. Ces résultats confirment l'importance de l’application d’une gestion pastorale pour la préservation des communautés fongiques prairiales. L'état initial servira de socle à un protocole de suivi décennal, offrant à la Réserve un outil d'aide à la décision pour adapter ses mesures de conservation et pérenniser ce patrimoine mycologique. |